Présidé par Kofi Annan, les dix membres de l’Africa Progress Panel interviennent au plus haut niveau pour un développement équitable et durable de l’Afrique.

NOVEMBER 2010 - Brief politique

Améliorer la productivité agricole en Afrique

Améliorer la productivité agricole en Afrique
L’agriculture africaine a été généralement négligée par la plupart des gouvernements et des donateurs tout au long des années 1980 et 1990. On constate cependant, à l’heure actuelle, un engagement renouvelé en faveur de l’agriculture, comme en témoignent l’adoption du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), la Déclaration de Maputo de 2003 et les promesses de nouveaux financements extérieurs.

Que faut-il faire pour accroître la productivité ? Certaines mesures font l’objet d’un consensus général : il faut créer un environnement propice aux investissements, tandis que les pouvoirs publics doivent investir davantage dans les biens publics pour intensifier la recherche agronomique, étendre les services, ouvrir de nouvelles routes et des écoles en zones rurales, améliorer l’accès à l’eau et les soins de santé.

• Mais l’Afrique rurale est souvent confrontée à des défaillances du marché qui empêchent ses paysans d’accéder au crédit, de s’assurer et d’acheter des intrants. Ces défaillances sont parfois très graves : les petits paysans se trouvent alors pris dans une spirale de pauvreté dont ils ont toutes les peines à s’extraire, alors même que les moyens techniques existent qui leur permettraient d’augmenter leur production. Certaines défaillances peuvent être surmontées grâce à des mesures d’innovation au plan institutionnel. Mais, dans certains cas, une intervention étatique plus énergique sera nécessaire, en particulier l’octroi de subventions. Reste que des millions de paysans parmi les plus pauvres ne seront pas en mesure de profiter pleinement des avantages liés à une ouverture du crédit. En effet, la production supplémentaire induite par l’utilisation améliorée d’intrants ne garantit pas l’accumulation de surplus agricoles, car elle
est immédiatement consommée par des familles confrontées à la faim.

Les subventions peuvent faciliter l’accès des paysans pauvres au crédit ou les inciter à prendre des risques commerciaux ; permettre aux exploitants agricoles de mieux connaître les intrants à leur disposition ; et améliorer l’offre d’intrants au point d’entraîner la réalisation d’économies d’échelle. Les subventions se justifient parfois aussi au nom de l’équité, pour améliorer la qualité des sols (subventions aux fertilisants) ou pour stimuler la production dans une optique de diminution du coût des denrées alimentaires. Enfin, les subventions sont parfois très efficaces, comme on l’a vu aux premiers stades de la « révolution verte » qu’ont connue l’Asie et, de nos jours, le Malawi.

• Au débit, les subventions peuvent être chères et leur coût augmenter encore avec le temps ; difficiles à supprimer ; et mal ciblées, de telle sorte que des paysans plus aisés en profitent le plus. Elles risquent, en outre, de compromettre le développement des circuits commerciaux. L’Inde dépense aujourd’hui moins pour le secteur de l’éducation que pour les subventions aux fertilisants, à l’irrigation et à l’électrification des campagnes. Par ailleurs, l’expérience du Kenya dans la libéralisation de la distribution de fertilisants prouve qu’il existe des alternatives aux subventions.

Comment, dans ces conditions, les pays africains doivent-ils aider leurs paysans par des subventions ? Cela dépend beaucoup des circonstances, à savoir, dans quelle mesure les subventions se justifient quand les marchés financiers et d’intrants sont soient robustes soient peu développés dans les campagnes, par exemple quand les paysans sont pauvres et quand la productivité des cultures de base est faible. Il appartient cependant aux responsables politiques de formuler clairement les objectifs qu’ils poursuivent et d’envisager des solutions alternatives. Ils doivent aussi être conscients des dangers potentiels.

Les subventions doivent être « intelligentes », c’est à dire destinées aux personnes qui en ont besoin, limitées dans le temps et conçues pour améliorer la distribution commerciale, et non pas s’y substituer. Des investissements complémentaires dans les transports et dans la formation des vendeurs d’intrants renforcent l’efficacité des subventions et simplifient leur diminution, voire leur élimination subséquente.