Présidé par Kofi Annan, les dix membres de l’Africa Progress Panel interviennent au plus haut niveau pour un développement équitable et durable de l’Afrique.

bulletin of the AFRICA PROGRESS PANEL

Volume 5, Issue 6 — 22 March 2012

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L'accès à l'eau potable ne coule pas de source

Une semaine avant l’ouverture du 6ème Forum Mondial de l’Eau à Marseille, le Programme Commun OMS/UNICEF de Surveillance de l’Eau et de l’Assainissement (JMP) a annoncé que l’OMD 7c – qui vise à diviser par deux, d’ici 2015, la proportion des personnes sans accès durable à l’eau potable et aux installations sanitaires de base – a été globalement atteint. Cette annonce devrait être célébrée par les populations, les gouvernements et la société civile dans son ensemble. Alors pourquoi cette importante avancée est-elle passée presque inaperçue ?

Est-ce dû à l’inquiétude de voir l’intérêt des donateurs décliner une fois l’objectif atteint ? Ou peut-on l’attribuer à un possible scepticisme quant aux conclusions du rapport JMP ? Le document fait le suivi du nombre de personnes ayant accès à des points d’eau ‘améliorés’. Cependant, comme le dit Gérard Payen, membre du Conseil Consultatif pour l’Eau et l’Assainissement auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, ‘sources améliorées’ ne signifie pas ‘eau potable’. Et, en effet, selon Ned Breslin de Water for People, les conclusions du rapport courent le risque d’être surestimées parce qu’elles ne prennent pas en compte la fonctionnalité des points d’accès ni la qualité de l’eau distribuée.

L’accueil quelque peu réservé est probablement le résultat combiné de ce qui est mentionné ci-dessus et du fait que ce résultat positif global masque des disparités géographiques inquiétantes.

En Afrique sub-saharienne, les progrès en direction de l’objectif ne sont pas sur la bonne voie. Tandis que 273 millions de personnes dans la région ont obtenu l’accès à l’eau potable depuis 1990, près de 40% de la population – principalement les habitants ruraux et les personnes pauvres – n’y ont pas eu accès. Et la région est encore plus éloignée de l’objectif consistant à réaliser un accès adéquat à l’assainissement, avec 500 millions de personnes effectivement négligées. Sans oublier le fait inacceptable qu’autour de 750 000 enfants en dessous de l’âge de 5 ans meurent chaque année en raison de l’eau insalubre. Si on ajoute à cela le poids que l’approvisionnement en eau fait peser sur les femmes et les filles, qui sont en général chargées d’aller chercher le précieux liquide, alors les conséquences de la situation actuelle sur les autres OMD – de la santé à l’éducation – apparaissent claires.

Quelles ont été les solutions avancées à Marseille pour résoudre le problème de l’accès à l’eau potable en Afrique ? Tout d’abord, selon Bai-Mas Tall, le Secrétaire Exécutif du Conseil des Ministres Africains de l’Eau (AMCOW), les Ministres africains reconnaissent maintenant que « l’eau jour un rôle moteur pour le développement économique » qui peut produire un retour sur investissement élevé, en plus d’avoir un impact social important. Par conséquent, investir dans les infrastructures d’eau aux niveaux national et régional est une priorité grandissante. Deuxièmement, les gouvernements africains se sont engagés à renforcer les partenariats entre les secteurs publics et privés, ainsi qu’avec d’autres parties prenantes clés afin de maintenir la question de l’eau sur les agendas des donateurs et pour réunir les ressources nécessaires afin d’assurer que des niveaux acceptables d’approvisionnement en eau potable soient atteints sur le continent. Troisièmement, il a été reconnu qu’échouer à impliquer les communautés locales dans la gestion de l’eau compromettra les résultats. En outre, le lancement du refinancement des deux mécanismes financiers de la Banque Africaine de Développement  pour l’accès à l’eau et à l’assainissement, particulièrement dans les zones rurales, a été bien reçu, avec des engagements initiaux excédant les 100 millions de dollars, un montant qui bénéficie de contributions de la part de sept pays africains. Un développement remarquable en effet.

Cependant, le temps est un facteur clé. Il reste beaucoup à faire pour réduire les disparités concernant l’accès entre les riches et les pauvres, entre les zones urbaines et rurales, et entre les hommes et les femmes. Pour réaliser cet exploit il faudra un effort concerté sur l’eau en Afrique au cours des prochaines années. Le prochain Sommet Rio+20 en juin est une bonne opportunité pour renforcer les engagements et mettre les questions concernant l’eau et l’assainissement tout en haut de l’agenda politique.

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