LE G20 DOIT AIDER LES DIRIGEANTS AFRICAINS RÉFORMISTES
21 Apr 2011Editorial de Tony Blair sur la nécessité de soutenir les dirigeants africains en faveur des réformes
Au cours des dix dernières années, l’économie des pays d’Afrique sub-saharienne s’est développée au rythme de près de 5 % par an. Dans la prochaine décennie, la croissance des industries de consommation, l’amélioration des infrastructures, la productivité agricole en hausse et l’intensification de l’extraction des ressources naturelles ajouteront encore 1000 milliards de dollars au PIB combiné des États de la région. La question fondamentale qui se posera lors du sommet du G20 en 2011 est donc la suivante : que peuvent faire les membres du G20 pour garantir que le succès économique africain se traduise en développement qui bénéficiera à ses habitants, dont bon nombre vivent encore dans une situation d'extrême pauvreté ? Pour réaliser cet objectif, je m’engage, en tant que membre de l’Africa Progress Panel et fondateur de l’Africa Governance Initiative, en faveur d'un nouveau partenariat entre l'Afrique et la communauté internationale.
Je suis fier des résultats du sommet de Gleneagles, en 2005. À cette occasion, les membres du G8 ont pris des mesures radicales d’annulation de la dette des États les plus pauvres, pour un montant supérieur à 100 milliards de dollars. Depuis cette date, l’aide octroyée au pays en voie de développement sauve, chaque jour, des milliers de vies.
Mais l'aide ne peut suffire : je suis convaincu que la prospérité de l’Afrique dépend, en fin de compte, des décisions de ses dirigeants. Dans son rapport 2010, l’Africa Progress Panel montrait pourquoi l'Afrique doit être gouvernée de manière démocratique, responsable et transparente. L’Afrique doit pouvoir compter sur des dirigeants efficaces, capables d’élaborer des plans et de concrétiser le changement au profit des personnes qui en ont le plus besoin.
Le problème de nombreux pays africains ne réside pas dans l’absence de vision ou de bonnes intentions, mais dans le manque de capacités pour les réaliser. De nos jours, même en Occident, la gouvernance n’est pas qu’affaire d’idéologie : la capacité de parvenir à des résultats est ce qui détermine son efficacité. Les techniques de gouvernement ne sont pas très éloignées de celles qui doivent prévaloir dans le secteur privé : un juste mélange de vision, de hiérarchisation des problèmes, de compétences, de mécanismes de mise en œuvre, de gestion des performances et d’idées novatrices. La réunion de tous ces facteurs, qui ne va déjà pas de soi dans les pays industrialisés, est un véritable défi pour les dirigeants africains, dont les gouvernements manquent souvent des moyens d’action les plus élémentaires.
Depuis trois ans, l’organisation caritative que j’ai fondée, l’Africa Governance Initiative, s'est justement consacrée à surmonter ces difficultés au Rwanda, en Sierra Leone et au Liberia, trois pays qui ont connu des transformations remarquables ces dernières années. Les progrès que je constate à Kigali, à Freetown et à Monrovia ne sont qu’une partie du changement à l’œuvre dans toute l'Afrique sub-saharienne. Et, si le chemin est encore long, le sentiment d’optimisme est, lui, manifeste.
Pour sa part, la communauté internationale doit imaginer de nouvelles manières d’aider et non plus seulement d’exhorter, les dirigeants africains à assumer leur responsabilité. La vague de démocratie et de responsabilisation qui traverse l’Afrique depuis vingt ans a eu des effets extrêmement positifs. Mais les citoyens africains méritent des élections qui changent véritablement leurs vies, et pas uniquement leurs dirigeants. Nous ne pouvons nous borner à répéter que l’Afrique a besoin de davantage de Mandelas et de moins de Mobutus.
Il nous faut en effet susciter une dynamique permettant aux dirigeants africains actuels d'améliorer concrètement la vie de leurs citoyens, et à la prochaine génération de dirigeants – qui est, dans certains pays, la première à grandir dans un contexte démocratique stable – de se référer à d’authentiques modèles de service public et de s’en inspirer. Ces dirigeants ont besoin d'un soutien concret pour formuler et réaliser leurs objectifs prioritaires, afin que la communauté internationale puisse apporter son aide en suivant leurs directives, concrétisant ainsi le désir d'« appropriation nationale ».
Le redressement des performances économiques africaines s’explique par des améliorations spectaculaires en termes de stabilité politique et de qualité de gouvernance – ainsi que par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants visionnaires et réformistes. La qualité d’un dirigeant se mesure toutefois non seulement à son caractère, mais aussi à ses compétences. La communauté internationale investit déjà beaucoup dans la responsabilisation des dirigeants africains : la question est de savoir si elle investit suffisamment dans le soutien indispensable à l’accomplissement de leur mission.
Le G20 détient une partie de la réponse. Il peut soutenir les priorités de cette nouvelle génération de dirigeants africains en s'appuyant sur le travail réalisé par le G8, et en exploitant les capacités, l’expérience en matière de développement et les ressources de tous ses membres actuels. L’inclusion de l’Afrique du Sud dans le G20 est une première étape positive, cinquante-deux dirigeants africains n’y étant toujours pas représentés.
Pour peu que nous soutenions les dirigeants du continent, je suis convaincu que l’Afrique sera la réussite économique et politique du XXIe siècle.
Par Tony Blair, ex-Premier ministre du Royaume-Uni et fondateur de l’Africa Governance Initiative (AGI)

