Présidé par Kofi Annan, les dix membres de l’Africa Progress Panel interviennent au plus haut niveau pour un développement équitable et durable de l’Afrique.

Le G20 doit s’attaquer au déficit d’infrastructures de l’Afrique

23 Feb 2011

Editorial du Président Olusegun Obasanjo sur le G20 et l'infrastructure en Afrique

 

Parmi les nombreux problèmes de l’Afrique, le manque d’infrastructures adéquates et fiables continue de peser lourdement. Quiconque tente de faire des affaires en Afrique pourra témoigner de son combat quotidien contre les déficiences des réseaux d’énergie, de transport et de communication du continent. L’absence d’alimentation électrique fiable entrave la production, le mauvais état des routes ralentit les transports et l’accès insuffisant aux technologies modernes limite l’industrialisation et l’intégration au marché mondial. Les carences et les gaspillages qui en résultent font de l’Afrique l’endroit où il est le plus difficile et le plus cher de faire des affaires ; ils freinent également la croissance économique et font obstacle au développement.

Cependant, l’importance cruciale des infrastructures est de mieux en mieux comprise sur le continent. Les dirigeants africains se sont mis d’accord sur plusieurs plans et initiatives pour combler les lacunes de l’Afrique en matière d’infrastructures, notamment le Plan d’action prioritaire pour l’infrastructure en Afrique 2010-2015 de l’UA et du NEPAD, le Fonds spécial pour la préparation des projets d’infrastructure et le Fonds panafricain de développement des infrastructures. Aujourd’hui, la Banque africaine de développement dépense davantage pour les infrastructures que pour tout autre aspect lié au développement, et la coopération régionale ne cesse de s’accroître sur des projets transfrontaliers comme l’autoroute transafricaine et le Pool d’énergie de l’Afrique de l’Ouest.

 Les partenaires de l’Afrique ont, eux aussi, reconnu la nécessité de faire du développement des infrastructures une priorité pour le continent. En conséquence, ils ont créé tout un éventail d’instruments d’action politique et d’initiatives, en particulier le Consortium pour les infrastructures en Afrique et le Partenariat UE-Afrique sur les infrastructures. Ces initiatives sont destinées à coordonner et à regrouper les aides, ainsi qu’à canaliser les investissements du secteur privé vers des projets clés.

Toutefois, malgré la multitude d’actions et la prolifération des initiatives, nous sommes encore loin d’avoir trouvé les 93 milliards de dollars annuels que la Banque mondiale estime nécessaires pour combler les retards de l’Afrique en termes d’infrastructures. Étant donné l’urgence de la situation, les appels en faveur d’une approche plus globale, créant des liens et des synergies entre les différents efforts entrepris, sont devenus, à juste titre, plus insistants.

Le plan d’action pluriannuel du G20 pour le développement pourrait justement offrir une telle approche. Issu du Consensus de Séoul, il définit les infrastructures comme l’une des neuf priorités du groupe en matière de développement, et cherche à s’appuyer sur l’élan créé par les initiatives existantes pour développer des projets en cours, renforcer les capacités et faciliter les investissements supplémentaires. En pratique, ce plan réclame la formulation de programmes d’action complets pour l’infrastructure par les banques de développement multilatérales. Il suggère de créer un groupe de haut niveau pour étudier les moyens de développer des investissements à grande échelle dans les infrastructures sur l’ensemble du continent.

La balle est désormais dans le camp de la présidence française du G20, qui devra concrétiser ce plan d’ici novembre 2011 et éviter les pièges des actions passées, notamment la réflexion à court terme, la déstabilisation causée par l’accroissement des capitaux et les constructions à fortes émissions de gaz carbonique. Le succès se mesurera à la somme des capitaux générés et au nombre de projets réalisés, ainsi qu’à la manière dont les activités du G20 viendront compléter et coordonner les efforts existants sans les supplanter ou les fragmenter.

 

par Son Excellence le Président Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria